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TOME 1. Pterabus de l'enfer

Chapitre 4. Équilibres fragiles

Épisode 1. Une initiative fragile

Je me nomme Coalano. Je raconte cette part du récit.

— Inspectrice Dessel : De votre déposition, Malkus, s’ensuivent plusieurs questions.

— Malkus : Comprends bien, Seljo, que l’inspectrice atteste la supériorité de mon témoignage sur le tien.

— Seljo : P-P-Prévisible.

— Coalano : J’anticipe qu’une de ces questions se rapporte à ma présence dans le groupe d’Ersedge, et je peux certainement répondre.

Au moment où les membres de l’équipe sportive quittent le pterabus, une confusion généralisée paralyse les autres survivantes. Rien de cohérent ne se produit pendant quelques paragraphes, puis des initiatives individuelles commencent à prendre forme.

Ersedge se dresse; sa « meute » le rejoint, à commencer par Elsaja, puis Tiyo et l’autre, là, celle de moindre qualité, plus lourde, à l’appareillage sensoriel peu assuré, et dont l’appareillage esthétique...

— Friyo : Damnation !

— Malkus : Amusant.

— Coalano : ...qui se reconnaît d’ailleurs dans cette description, oui, Friyo, la coengendrée de Tiyo, dont le rôle deviendra bientôt « incontournable ».

— Friyo : Je l’espère.

Ersedge fait difficilement son chemin à travers ce qui reste du pterabus avec Tiyo en raison des débris, des enveloppes corporelles inanimées et des survivantes paniquées. Friyo, moins adroite, traîne à l’arrière. Ersedge aperçoit Simfi, sa loyale parasite, prostrée contre un débris. Elle troqua son attitude d’arrogance facile pour une frousse sincère. Ersedge saisit Simfi par son appareillage moteur et sort du pterabus. Le déplacement au ralenti de Friyo donne l’impression d’une action de masse plutôt que l’action d’une seule masse — une grosse masse en fait — et cinq autres, dont moi, se joignent à elles; nous allons ensuite vers la forêt.

Épisode 2. Une avance fragile

Je me nomme Yulàrica. Je raconte cette part du récit.

— Inspectrice Dessel : Je récapitule : Ersedge, Elsaja, Tiyo, Friyo et Simfi, plus cinq autres, dont Coalano, rencontrent les vingt-deux survivantes...

— Ersedge : Assurément, non; plusieurs vécurent l’anéantissement entre-temps.

— Saval : Le total provisoire s’élevait à vingt-sept.

— Yulàrica : L’arrivée de ce qui restait du groupe d’Ersedge changea notre trajectoire.

— Inspectrice Dessel : Veuillez expliquer.

Ersedge, suivie par Elsaja, Saval, Coalano et, un peu plus loin derrière, par Friyo, arrivaient de l’ouest. Nous nous dirigions justement vers là. Affolées, elles nous recommandèrent, de manière plus ou moins cohérente, de faire marche arrière immédiatement.

— Jomor : Inacceptable; le groupe ne retournera pas vers le marais, quoi que puissent exprimer les partisanes de Jessem.

— Jessem : Prévisible.

— Ersedge : Quel marais ?

— Marynics : Oui, le plateau rocailleux descend vers des marais extrêmement dangereux, d’après ce que nous en savons.

— Reon : Exact ! Nous devons chercher la sortie de la « demisphère », au sud.

— Ersedge : La « demisphère » ? Damnation ! Que se passe-t-il, assurément ? Qu’importe ! Comprenez que le danger, omniprésent, nous guette en ce lieu aride. Ma meute sort d’une épreuve terrible — plusieurs n’en sortirent pas, justement — et des créatures violentes nous recherchent.

— Mydème : Des créatures volantes ? D’autres comme celle qui attaqua le pterabus ?

— Ersedge : Pas volantes... violentes; des créatures qui nous ressemblent, très persistantes d’ailleurs, assurément.

— Reon : D’autres membres de l’espèce Syta... ?

— Ersedge : Quoi ?

Jessem argumenta en faveur du sud, et Jomor, contre le marais. La décision finale consista à se diriger vers le sud et, si nous devions rencontrer le marais, à le contourner par l’ouest.

Épisode 3. Une résilience fragile

Je me nomme Saval. Je raconte cette part du récit.

Nous avançons vers le sud. Ersedge paraît horriblement tendue. Je sais qu’elle vécut des événements spécifiques durant notre arrêt au bastion qui l’éprouvèrent encore plus que nous, mais je ne saisissais pas à quel point. Après notre évasion du bastion, le piège tendu par d’étranges créatures inconnues brisa probablement la partie de son appareillage cognitif, déjà affaiblie, responsable de la protéger contre les traumatismes. À ce moment-là, Judse devançait légèrement le groupe, suivie de près par Ersedge. Quand les créatures surgirent du sol immédiatement devant elle, elles l'encerclaient déjà pratiquement et l’anéantirent avec un déchaînement dont seule Ersedge perçut l’entière sauvagerie.

Le plateau rocailleux offre peu d’opportunités pour masquer notre présence. Contraintes d’avancer complètement à découvert, nous tâchons de rester vigilantes.

Les étranges créatures qui nous suivaient avant que nous rencontrions les vingt-deux autres survivantes ne nous traquent plus. Avancent-elles trop lentement ? Détiennent-elles des territoires précis ? Communiquèrent-elles avec un autre groupe qui nous embusquera ?

— Sagrev : Attention ! Je perçois une pente descendante relativement abrupte devant nous, à quelque distance.

— Jessem : Effectivement.

— Jomor : Peut-être mène-t-elle au marais ? Qu’en penses-tu, Jessem ? Ressens-tu une quelconque joie perverse ? Proposeras-tu, avec une excitation à peine dissimulée, de retourner dans la fange ?

— Jessem : Honnêtement, cela m’indiffère; cette obsession grandissante de ta part à l’égard du marais m’inquiète toutefois. Je propose plutôt de partir en éclaireuse afin de vérifier où mène cette pente, question de t’éviter de graves tourments.

— Ersedge : Non; restons groupées et, surtout, assurément, en mouvement.

Épisode 4. Une initiative risquée

Je me nomme Friyo. Je raconte cette part du récit.

En approchant de la pente descendante, le marais devient perceptible. Il s’étend encore un peu à l’ouest mais le plateau rocailleux, intraitable, ne le laisse pas empiéter facilement sur son territoire. Avant que ce constat ne déclenche un débat, une dizaine de créatures surgissent du sol et se dirigent vers nous...

— Ersedge : Damnation ! Encore !

— Inspectrice Dessel : À quoi ressemblaient ces créatures ?

— Sagrev : Leurs enveloppes corporelles irrégulières s’apparentaient, en texture et en couleur, au plateau rocailleux.

— Marynics : Elles paraissaient affligées d’un mal plutôt grave, dégénérescent...

— Saval : Elles ne semblaient pas disposer d’un appareillage cognitif très performant.

— Ersedge : Il ne s’agissait pas des mêmes que celles qui m’attaquèrent avant la rencontre avec les autres survivantes, mais elles faisaient partie de la même espèce, assurément.

Nonchalantes et maladroites, mais résolues à anéantir quiconque les croise sur leur route avec leur appareillage moteur, elles se meuvent vers nous.

— Audeà : Que faire ?

— Jomor : Suivons notre plan de match et contournons le marais par l’ouest !

— Ersedge : Non ! Pas vers l’ouest ! Des créatures comme celles-là, le plateau rocailleux en abrite partout, assurément !

— Jessem : Prendrons-nous un risque avec le marais... ?

— Jomor : Lui et sa damnation de marais ! Inacceptable !

— Jessem : Resaisis-toi ! Il suffirait seulement de couper à travers.

— Reon : Dois-je encore rappeler que le marais...

Sans attendre, Ersedge fonce à travers le groupe de créatures et en cogne solidement une au passage. Jomor et Jessem réalisent que cette initiative dérouta les créatures; elles l’imitèrent donc, suivies par les autres survivantes.

Épisode 5. Un nouvel équilibre

Je me nomme Raffet. Je raconte cette part du récit.

Un groupe nombreux rattrapa celui de Faccev, dont je fais partie, alors que débutait la dernière portion de notre aventure dans le marais. Arrivées à proximité, elles s’arrêtèrent. Une seule d’entre elles s’adressa à nous.

— Ersedge : Déférence, Faccev.

— Faccev : Civilités.

Les autres prenaient plutôt les présences.

— Jomor : ...il manque Tidzim.

— Jessem : ...il manque Yakeil.

— Sagrev : ...il manque Machara.

— Inspectrice Dessel : Attendez... que se passa-t-il entre le moment où Ersedge se lança vers les créatures et le moment où trois de vos collègues manquaient à l’appel ?

— Raffet : ...je ne sais pas.

— Audeà : Pourquoi raconte-t-elle, alors ?

— Raffet : Parce que chacune d’entre nous doit raconter.

— Audeà : Quelle règle absurde !

— Inspectrice Dessel : Inexact; je ne formulai aucune règle en ce sens...

— Raffet : Je ne renoncerai jamais à mon droit inaliénable de témoigner ! Et je veux témoigner maintenant ! Car je dois ensuite quitter...

— Faccev : Ton emploi du temps nous indiffère presque autant que ton témoignage.

— Raffet : Damnation ! Dans ce cas, je quitte à l’instant même !

— Faccev : Je mettrai en évidence que la pertinence de cette idée dépasse de loin sa moyenne générale personnelle.

Pendant que je me préparais à partir du quartier-général de l’Institut de sécurité, Jeldarre raconta la partie manquante.

— Jeldarre : Puisque je me déplace toujours plus lentement, je me trouvais à l’arrière. Les trois coéquipières de petite taille manquèrent d’assurance et de force; les créatures les interceptèrent. Je tentai de les assister en chargeant mais je crains que cela ne résulta qu’en un plaquage indifférencié.

Fin du TOME 1, Chapitre 4

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