Star Scrap
www.starscrap.org

TOME 1. Pterabus de l'enfer

Chapitre 5. Expériences fluides

Épisode 1. Un départ fluide

Je me nomme Faccev. Je raconte les cinq prochaines parts du récit.

Je partagerais volontiers mon « inaliénable droit à témoigner », comme dirait l’autre ennuyeuse, mais peu d’entre nous survécurent au marais et Rhod s’exprime rarement. Raffet s’empresserait de vous donner son avis sur tout ce qui vous intéresse et surtout, sur tout ce qui ne vous intéresse pas, mais — quelle déception — elle quitta au paragraphe précédent.

— Inspectrice Dessel : Plusieurs de vos collègues évoquent le marais sans toutefois s’y aventurer, qualifiant celui-ci de dangereux. Pourriez-vous élaborer ?

Immédiatement après l’écrasement du pterabus, je me cache dans l’espace de chargement. Dix survivantes à proximité m’imitent, dont mes amies Fepari et Brana, accompagnées d’autres dont je tolère plus ou moins bien la présence.

Je ne sais pas exactement ce qui se passe, mais la destruction cesse. Une controverse émerge : quoi faire, avec qui ? Énervée, je sors de l’espace de chargement et je presse les autres de me suivre. Raffet tente de protester.

— Faccev : Damnation, Raffet, prends tes affaires et cesse de nous indifférer.

— Brana : Que cessent immédiatement ces frivolités !!!

L’appareillage esthétique de Brana cachait presque son appareillage sensoriel en permanence. En exprimant son agacement, elle bougea d’une manière qui me confirma à quel point elle semblait absente de son propre appareillage cognitif. Anormalement peu alerte, elle macérait toujours dans cet état second et ne comprenait guère ce qui se passait dans le monde extérieur, mais cela ne m’empêchait pas d’apprécier sa compagnie pour autant.

Je pars en direction sud, Fepari et Brana à ma suite.

Épisode 2. Une progression fluide

Nonchalantes, nous descendons les collines enneigées entièrement à découvert, dispersées au possible. Au loin, je perçois indistinctement l’appareillage de communication de Raffet, qui exprime avec très grande émotion son immortelle frustration.

Chemin faisant, je comprends que notre groupe quitta le pterabus en dernier.

Girodos, qui échangeait un flux incessant d’insultes avec Ekte et Karaqh, nous rattrape.

— Girodos : Civilités, Faccev. Bonne idée, se cacher dans l’espace de chargement.

— Fepari : Même s’il manquait de place...

— Girodos : ...pour les enveloppes corporelles surdimensionnées.

— Ekte : Damnation, Girodos, tes dimensions surpassent les siennes et les miennes, combinées !

— Karaqh : Surdimensionnée de la sorte, je m’inquièterais concernant la faisabilité éventuelle, tardive, qui ne surviendra peut-être jamais en fait, des contacts rapprochés...

Avant que Girodos ne réponde, Raffet arrive et tente d’imposer ses préoccupations.

— Girodos : Raffet, interdit de communication jusqu’à nouvel ordre, sinon je t’écrase.

— Ekte : Défieras-tu cette menace par excès de témérité, Raffet ? La dimension de son enveloppe corporelle devrait pourtant suffire à te dissuader.

Raffet n’osa pas.

— Girodos : Il faudra que je vous raconte la version intégrale — car vous ne me croirez certainement pas si je me contente d’affirmer — qui démontre que mes premiers contacts rapprochés se produisirent dès la quatrième période de mon existence, et qui démontre à quel point ceux-ci peuvent être fréquents, nonobstant les dimensions de mon enveloppe corporelle.

— Ekte : Nous n’insisterons pas.

— Karaqh : En effet, les archives débordent déjà de travaux de fiction à peine supportables.

Heureusement pour Girodos, la communication se termine. Nos appareillages sensoriels indiquent qu’un immense marais s’étend devant nous.

Épisode 3. Une humidité fluide

Le groupe, qui compte onze survivantes en m’incluant, arrive au marais. Celui-ci s’allonge autant vers l’est que vers l’ouest. Le climat froid et venteux laisse place à une atmosphère chaude et humide. La brume qui s’en dégage interdit une estimation précise de la profondeur véritable du marais. Tout l’environnement converge vers un sentier et nous invite à l’emprunter au lieu de se hasarder dans la forêt sombre et inhospitalière.

Raffet temporise et brandit son désespoir agressif sans proposer de solution. Normalement, Ekte ou Karaqh le brusqueraient, mais elles craignent son caractère de plus en plus instable. Je l’ignore et je m’engage dans le sentier, suivie par les autres. Raffet finit par nous suivre, dénonçant interminablement le manque d’égards du groupe à son endroit. Même les plus tolérantes d’entre nous, Vikow et Rhod, commencent à s’impatienter.

L’appareillage sensoriel de Fepari exprime perceptiblement son fond sans fond de méchanceté habituelle. Elle profite de la supériorité de son appareillage moteur sur celui de Raffet pour faire taire son appareillage de communication en la cognant sévèrement.

— Nolard : Amusant !

— Girodos : Enfin...

— Fepari : Réprime tes futilités, sinon moi je te réprimerai aussi souvent que nécessaire.

Tandis que Rhod aide Raffet à se relever, nous commençons à suivre le sentier, d’abord orienté au sud. Son parcours tortueux et la brume nous font éventuellement perdre de vue la direction vers laquelle nous nous dirigeons.

La végétation se densifie. Les gris aux accents de verts du paysage prennent des teintes plus sombres. Une impression de menace s’empare de nous.

Épisode 4. Une abondance de fluides

Après une progression d’une durée indéterminée, nous arrivons dans une clairière. Orshen propose de prendre une pause. Le groupe s’arrête d’un commun accord.

Girodos initie une discussion sur la question des psychotropes synthétiques à laquelle participent Raffet, Brana, Nolard, Orshen et, curieusement, Rhod. Raffet tente de défendre une opinion intenable, se fâche et quitte le groupe en continuant par le sentier. L’échange dure quelques paragraphes de plus, puis cesse : Nolard rend explicite son intention de vider son appareillage d’élimination et, à cet effet, quitte le groupe, tandis que Girodos s’éclipse avec Vikow dans le sous-bois.

Quelques paragraphes plus tard, une grande créature monstrueuse revêtue de boue et de végétation pourrie émerge du marais. Elle s’avance vers nous et s’immobilise près de Karaqh. Fepari tente de communiquer, mais elle ne réagit pas. Après une ligne d’inaction, la créature laisse tomber trois objets devant Fepari. Il s’agit des appareillages cognitifs de Nolard, Girodos et Vikow !

— Fepari : Je déteste les choses dégueulasses. Je ne voudrais pas salir mon appareillage moteur mais, pour toi, je prévois faire toute une exception.

Revanchardes, nous nous avançons vers la créature. Au moment où elle se trouve à notre portée, elle sort un long instrument de combat proximal. Elle embroche sommairement Karaqh, la soulève, la projette contre terre et tranche ensuite son appareillage cognitif. Fepari, couverte des fluides de Karaqh, ne parvient pas à maîtriser son dégoût. La créature fauche son enveloppe corporelle. L’appareillage cognitif de Fepari tombe dans la fange.

Nous prenons la fuite par le sentier.

Épisode 5. Une fuite fluide

Nous avançons à vitesse maximale le long du sentier. La créature nous poursuit lentement sans rencontrer de résistance de la part de la végétation, comme si la fange et les débris se retiraient pour faciliter son passage.

Le groupe distance rapidement Brana, qui disparaît loin derrière, dans la brume... Ekte et Orshen montrent déjà des signes de fatigue, mais Rhod suit le rythme. Je perçois Raffet, qui nous perçoit à son tour.

Je signale aux autres, à l’aide de mon appareillage moteur, qu’il faut se cacher dans l’herbe haute. Raffet, toujours mécontente en raison de l’incident survenu précédemment, s’oppose par principe et signale son intention de continuer à avancer. Le temps nécessaire pour des explications exhaustives manque; je lui saute dessus en lui transmettant un interdit de communication. Ne comprenant pas l’intention derrière mon geste, elle tente énergiquement de se libérer de mon emprise, ce qui me donne un prétexte pour la rudoyer. Je l’avoue, cette lutte me procure un plaisir d’une intensité similaire à celle des contacts rapprochés.

Brana arrive à la hauteur de notre cache sans réaliser — lenteur généralisée oblige — que la créature la suit de près...

— Rhod : Brana ! Derrière toi !

Brana s’arrête, confuse. La créature franchit l’espace qui la sépare de Brana et l’anéantit en séparant son appareillage cognitif du reste de son enveloppe corporelle. Elle se dirige ensuite vers nous...

Nous évacuons l’herbe haute et prenons encore la fuite jusqu’à ce que nous rencontrions le groupe de vingt-quatre survivantes, forlongeant ainsi la créature pour de bon.

Fin du TOME 1, Chapitre 5

* Continuer la lecture vers le TOME 1, Chapitre 6

* Retour à la page de Star Scrap



© Richard Lapointe-Goupil (1996-2016)
Contact. starscrap@starscrap.org
starscrap.org est hébergé par IPOWER