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TOME 1. Pterabus de l'enfer

Chapitre 7. Transformations proverbiales

Épisode 1. Métamorphose du territoire

Je me nomme Ersedge. Je raconte les cinq prochaines parts du récit.

— Inspectrice Dessel : Le nombre de survivantes s’élevait alors à trente-cinq.

— Langer : Très très exactement.

Reon leur communique, comme elle se plaisait assurément toujours à le faire, que la sortie de la « demisphère » — sans toutefois définir ce que cela peut bien représenter — devrait se trouver à l’extrême-sud. Toutes reprennent le chemin dans cette direction.

— Inspectrice Dessel : Je comprends que la fin du récit approche. Toutefois, il m’en manque une partie importante. Trois chapitres plus tôt, Ersedge, vous mentionniez que plusieurs de celles qui vous accompagnaient vécurent leur anéantissement...

— Ersedge : Assurément; des dix, il n’en reste que cinq, en m’incluant.

— Inspectrice Dessel : Racontez.

Assurément, après notre sortie du pterabus, nous avançons moins rapidement qu’il ne le faudrait vers l’ouest, à travers la forêt. Je constate qu’à ma meute — Elsaja, Tiyo, Friyo, Simfi — s’ajoutent quelques sympathisantes — Saval, Judse, Malas, Sesog — et une autre sans rapport avec nous, Coalano. Je propose de commander. Personne ne s’oppose, en raison de mon statut, assurément.

— Inspectrice Dessel : Quel statut ?

— Ersedge : Mon appareillage esthétique, mais pas mon enveloppe corporelle, dissimule que j’entre dans la septième période de mon existence. Je domine assurément, autant par l’expérience que par la puissance.

Nous percevons indistinctement une construction de grande taille, à l’ouest de la forêt, et je décide que nous devons nous y rendre pour obtenir une protection. Nous continuons d’avancer dans la forêt, puis sur un plateau rocailleux, jusqu’à ce que nous arrivions assurément aux portes du bastion, une négligeable forteresse détériorée.

Épisode 2. Métamorphose de la situation

Je constate par mon appareillage sensoriel que la pénombre tomba, assurément, alors que nous approchions du bastion. Le bâtiment siège sur une irrégularité du plateau rocailleux. Son architecture toute en hauteur et le gris foncé des matériaux utilisés pour le construire donnent l’impression qu’il prolonge cette irrégularité, se confondant avec elle. Seul un éclairage rustique, frémissant, le distingue du paysage.

Incertaine, j’oriente mon appareillage sensoriel au-dessus de l’entrée du bastion. Nous remarquons qu’une immense statue, représentant une créature comparable à celle qui attaqua le pterabus, sert de devanture au bastion tout entier, construite à même le bâtiment, comme si elle l’empêchait de s’écrouler, assurément.

— Tiyo : Déférence.

Je m’avance vers l’entrée en passant sous l’appareillage moteur de la créature représentée par la statue. Je demande à Simfi de signaler notre présence aux habitantes du bastion en utilisant une partie de la statue qui semble dédiée aux contacts rapprochés.

Une inconnue, dont l’appareillage esthétique ample, enveloppant et discret rappelle celui d’une servante des temps anciens, assurément, nous accueille en effectuant une série de mouvements, comme un rituel. Je lui explique brièvement la situation et lui demande de nous assister. Elle semble comprendre mais ne répond pas; sans pouvoir expliquer pourquoi, je crois que notre présence la déconcerte.

La servante nous guide à travers un hall et des corridors insuffisamment éclairés, trop hauts et trop larges, qui suscitent en moi une émotion ambivalente, entre la tristesse de vivre et la félicité de la délivrance, assurément.

La maîtresse des lieux nous accueille sans conviction.

Épisode 3. Métamorphose de l’humeur

De manière évidente, assurément, les occupantes du bastion, dont j'ignore le nombre, n’appartiennent ni à l’espèce Émi, ni à l’espère Dèra, mais elles leur ressemblent néanmoins. La maîtresse des lieux se présente : elle se nomme Mastraphe et régente la « communauté des affligées maudites ». Son appareillage esthétique entièrement noir, long, élancé, ainsi que les traits inexpressifs de son appareillage sensoriel blanc, surnaturellement simple, orné de végétaux noirs flétris aux accents rouges, lui donnent une apparence de jeunesse éternelle figée.

Je demande à Malas, en raison de son aptitude à communiquer avec autant d’audace que de prudence, par toutes les métaphores amusantes nécessaires, de décrire notre situation. Elle s’exécute de manière imagée, à grand renfort d’agitation de son appareillage moteur. Le résultat, assurément décevant, répand l’anarchie dans l’appareillage cognitif de Mastraphe, qui parvient, avec effort, à résoudre le rébus.

— Mastraphe : La créature volante nous visite à tous les cycles temporels, mais elle ne s’intéresse qu’à la statue en devanture du bastion, qu’elle prend pour l’une de ses semblables et avec laquelle elle tente des contacts rapprochés qui semblent satisfaisants. La communauté vous héberge; le bastion nous protégera.

Mastraphe constate que le présent cycle temporel s’achève. Elle délègue deux membres de la communauté, Freisha et Lièffe, pour nous guider vers nos chambres. Je remarque que leur manière d’avancer donne l’impression qu’elles flottent; leurs appareillages moteurs foulent pourtant le sol.

Pendant que nous prenons place deux par deux dans chaque chambre, Sesog part à la recherche d’un endroit pour vidanger son appareillage d’élimination, assurément.

Épisode 4. Métamorphose de la fonction

J’entre avec Simfi dans notre chambre et je me prépare à profiter d’un cycle de récupération des plus nécessaires. Honorée à l’excès de partager la chambre avec moi, la rossarde en retarde le début, repoussant encore plus que d'habitude les limites de la servilité volontaire obséquieuse jusqu’au fanatisme. Heureusement, la fatigue prend assurément le dessus.

Quelqu’une interrompt brusquement mon cycle de récupération : « Ersedge ! Ersedge ! ».

— Ersedge : Damnation, Simfi...

Il ne s’agit pas de Simfi — absente de la chambre — mais plutôt de Dunwill. La présence de la coengendrée de Tyscar me déroute entièrement. Elle m’explique qu’elle s’échappa du pterabus seule, immédiatement après l’écrasement, et qu’elle nous devança. Elle ajoute qu’elle reconnut la servante, une certaine Odsha, une amie portée disparue longtemps auparavant.

— Ersedge : Odsha... ? Oui, la coengendrée d’Orshen ! Je la connais aussi, assurément.

— Dunwill : Il faut partir immédiatement !

— Ersedge : Pourquoi ?

— Dunwill : Odsha me révéla que les membres de la communauté veulent nous transformer en composantes comestibles !

— Ersedge : Damnation ! Assurément, je rassemble la meute.

— Dunwill : Odsha nous aidera. Rejoignez-nous dans la salle d’entreposage, derrière la salle commune.

En plus de Simfi, Sesog et Malas manquent à l’appel, assurément. Nous parcourons le corridor, puis descendons les escaliers. Les marches grincent et craquent de douleur, comme si nos pas éraflaient les âmes d’esclaves éternellement condamnées à soutenir le poids des erreurs passées. Après quelques légers égarements, nous arrivons dans la salle commune. Je demande à celles qui me suivent — Tiyo, Friyo, Elsaja, Saval, Judse, Coalano — d’attendre pendant que j’entre avec empressement dans la salle d’entreposage.

Épisode 5. Métamorphose de l’enveloppe corporelle

Je m’introduis dans la salle d’entreposage. Odsha nous attendait; l’anéantissement récent de Dunwill, qui repose sur le plancher, l’attriste. Les enveloppes corporelles de Malas et de Simfi, accrochées au plafond, attendent leur imminent dépeçage. Celle de Sesog marine dans un baril rempli de jus aux stimulations étrangement invitantes.

— Ersedge : Déférence.

— Odsha : J’arrivai trop tard...

— Ersedge : Dunwill nous avertit des intentions de Mastraphe et espérait que tu nous assisterais.

Odsha acquiesce. Nous retournons dans la salle commune, assurément. Je résume la situation aux autres en utilisant des euphémismes.

Odsha nous amène dans les profondeurs du bastion. Nous parcourons un long corridor qui, en raison d’un effet de perspective se perdant dans les ténèbres, donne l’impression d’un rétrécissement inquiétant. Odsha nous fait entrer quelque part. Tiyo prend les devants et met en marche un éclairage industriel, assurément. La lumière révèle la présence de Lièffe et aussi d’une deuxième Odsha, en processus de congélation.

Entièrement confondues, nous voilà pétrifiées par les incohérences que nos appareillages cognitifs ne parviennent pas à résoudre.

Lièffe se métamorphose d’un seul trait en une bête sauvage qui agresse Tiyo, l’anéantissant assurément. L’exemplaire d’Odsha demeuré près de la porte se métamorphose en Freisha, puis en une autre bête sauvage qui s’avance vers moi. Je parviens à la déséquilibrer momentanément au prix de quelques morsures superficielles.

Nous nous enfuyons assurément par le corridor, qui débouche sur une sortie secrète étroite.

Notre retraite se poursuit à travers le plateau rocailleux, dont Saval vous raconta les détails trois chapitres plus tôt, assurément.

Fin du TOME 1, Chapitre 7

* Continuer la lecture vers le TOME 1, Chapitre 8

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